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TOUS LES ACTEURS DU BATIMENT SE PREPARENT A RELEVER LE DEFI DE LA PERFORMANCE ENERGETIQUE
Au regard des objectifs fixés par la France et l’Europe, les efforts à fournir pour aller vers un bâtiment sobre en carbone sont conséquents. Conscients de l’ampleur de la tâche, les acteurs réfléchissent, calculent et testent des solutions.

Dévoilées il y a quelques jours, les ambitions de l’Union européenne pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sont claires et tous les secteurs économiques sont invités à faire des efforts. À travers le marché du carbone, l’industrie devra réduire de 21% ses émissions entre 2005 et 2020. Les Etats membres doivent aussi tout mettre en œuvre pour réduire de 10% les émissions issues des transports, du bâtiment, de l’agriculture et du traitement des déchets. Au nom des principes de « partage de l’effort » et de « solidarité entre les états membres », la France se voit attribuer un objectif supérieur à la moyenne à savoir une réduction de 14%.

Pour y parvenir, le pays mise notamment sur le secteur du bâtiment qui selon Christian Jacob, président de la délégation à l’aménagement et au développement durable du territoire, constitue un secteur majeur en termes de consommation d’énergie et d’émissions de GES et devient ainsi le premier levier d’action. À l’occasion d’une table ronde sur le sujet, le président de la délégation a souhaité rappeler que la France compte 30 millions de logements dont 20 millions construits avant 1975 [date de la première réglementation thermique] ce qui démontre l’ampleur des efforts à réaliser en rénovation mais également dans le neuf.

Cette orientation adoptée à l’occasion des débats du Grenelle de l’environnement, doit être aujourd’hui traduite en action. Pour Michèle Pappalardo, ancienne présidente de l’ADEME et désormais Commissaire générale au développement durable, l’objectif est d’avoir un bâtiment plus efficace en énergie fossile en travaillant sur la construction, la rénovation et l’urbanisme. Toutefois pour la Commissaire il faut voir plus loin : on assiste à une augmentation des inégalités liées à l’augmentation des prix du chauffage, il y a donc des raisons économiques, environnementales mais également sociales à rénover notre parc de logement. Cette position est partagée par André Yche, président du directoire de la Société Nationale Immobilière (SNI), premier bailleur social : cette rénovation est l’occasion de travailler sur l’adaptation aux personnes âgées et sur l’accès des jeunes actifs à la propriété. Le président préconise par conséquent une stratégie globale.

Celle-ci pourrait voir le jour à travers la loi d’orientation qui découlera du Grenelle de l’environnement. Rappelons qu’à l’issue des débats, plusieurs objectifs ont été fixés : aboutir d’ici à 2020 à la généralisation des bâtiments à énergie positive et rénover 400.000 logements par an. Les réflexions sur les moyens d’atteindre ces objectifs sont en cours. Le comité de pilotage dédié aux bâtiments existants a déjà rendu son rapport dans lequel il propose tout une série d’outils afin d’inciter les propriétaires à faire des travaux. Philippe Pelletier, président du conseil d’administration de l’ANAH* et rapporteur du comité a rappelé que la méthode choisie est d’aider puis de contrainte car se sont beaucoup de petits propriétaires. Mais il faudra aussi mesurer la performance énergétique et garantir l’efficacité des travaux, a-t-il ajouté.

Du côté des bailleurs sociaux, les réflexions sont également bien avancées. La Société Nationale Immobilière propriétaire de 270.000 logements sociaux a prévu, d’ici 2020, de diminuer de 30% la consommation moyenne de son parc dont 20% en rénovant et 10% en substituant des vieux logements par du neuf. En parallèle, la société prévoit de développer les énergies renouvelables pour qu’elles fournissent 10% des besoins énergétiques du parc. Nous pensons que ces objectifs sont atteignables et nous prévoyons d’investir 500 millions d’euros dans la rénovation et 180 millions dans le neuf au cours des 15 prochaines années, a assuré André Yche. La SNI estime que pour abaisser la consommation de son parc à 150 kwh/m2/an comme prévu, elle devra investir 8.000 € par logement. 4.000€ par logement peuvent être déployés dès maintenant. Pour compléter, la SNI aimerait bénéficier de l’économie carbone. Elle travaille actuellement avec l’énergéticien français EDF pour bénéficier du mécanisme de Certificats d’Economie d’Energie (CEE). Pour chaque kwh économisé, la SNI pourrait ainsi obtenir des CEE qu’elle revendrait à l’énergéticien.

Les constructeurs privés se lancent également dans la recherche du futur bâtiment peu consommateur. Par exemple Bouygues Immobilier a créé une équipe multidisciplinaire pour imaginer et construire « le bâtiment de demain ». Ce bâtiment à énergie positive qui devrait voir le jour à Meudon dans deux ans présente un surcoût de construction de 15% mais le surcoût total sur le prix de l’immeuble atteint quant à lui 5%. La société de construction prévoit déjà d’y installer des collaborateurs pour les sensibiliser à la performance énergétique car au final, les besoins énergétiques de ce bâtiment seront totalement couverts par une installation solaire de 5.400 m2 et une chaufferie alimentée en bois et en huile végétale. Eric Mazoyer, directeur général délégué de Bouygues Immobilier est enthousiaste mais il reconnaît que ce n’est pas donné à tous les constructeurs : ce bâtiment est un bijou de technologie pour réguler tous les flux énergétiques [et] cette technologie nécessite une formation spécifique que les acteurs du bâtiment n’ont pas.

Ces expériences démonstratives, les collectivités locales espèrent bien les multiplier. Philippe Chanal, Directeur général adjoint de la communauté d’agglomérations de Châlons-en-Champagne, appellent les échelons communaux et inter-communaux à trouver leur place en étant exemplaires et innovants et en partageant leurs expériences.



F.ROUSSEL

*Agence Nationale de l’Habitat

 

 
 
OBSERVATOIRE DE L'ENERGIE