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LES PROVINCES ATLANTIQUES DU CANADA MULTIPLIENT LES PROJETS DANS LE DOMAINE DE L'ENERGIE
Derrière une colline, deux réservoirs en béton armé dominent la baie de Fundy, séparant Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Ecosse, provinces de l'est canadien, à 150 km de l'Etat américain du Maine. Les ouvriers entament la construction du troisième réservoir de gaz naturel liquéfié (GNL) de Canaport, qui sera le premier terminal méthanier canadien et l'un des plus gros à l'est de l'Amérique du Nord. Ce projet est un élément central de la stratégie exportatrice des quatre provinces du "Canada atlantique" (Terre-Neuve-et-Labrador, Ile-du-Prince-Edouard, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse), tournées vers le lucratif et proche marché de l'est américain qui a soif d'énergie.

Jadis plutôt pauvre, cette région canadienne compte désormais sur d'abondantes ressources en énergie et des coûts de production d'électricité inférieurs de 20 % à ceux des Etats-Unis. Elle a connu un boom économique sans précédent, avec des exportations de pétrole et gaz - principalement vers le sud - qui ont augmenté de 400 % depuis 1998, grâce à l'exploitation offshore des sites Hibernia, Terra Nova et White Rose, au large de Terre-Neuve. Les deux derniers font l'objet de nouveaux projets de développement.

A Terre-Neuve, on vise aussi clairement le marché américain pour écouler une partie de l'électricité produite par le deuxième grand projet hydroélectrique de la rivière Churchill (Labrador). Il lui en coûtera 7 milliards de dollars canadiens, avec la perspective de produire 2 800 MW à partir de 2018.

En Nouvelle-Ecosse, c'est plutôt du pétrole qu'on exploite, au large de l'île de Sable ; un complexe pétrochimique de 4,5 milliards de dollars canadiens doit entrer en fonction cette année, et on s'apprête à construire une plate-forme d'exploitation de gaz (Deep Panuke) au coût de 700 millions de dollars. Au Nouveau-Brunswick voisin, 90 % des produits énergétiques prennent déjà la direction des Etats-Unis. "Notre stratégie, souligne le ministre provincial du commerce, Greg Byrne, consiste à devenir le pôle énergie de la Côte est."

Fer de lance de cette stratégie, Irving Oil vient d'investir 1,5 milliard de dollars dans la modernisation de sa raffinerie de Saint John, la plus grosse du Canada, dont la production est destinée principalement aux Etats-Unis. "A Boston, note Claire LePage, haut fonctionnaire au ministère de l'énergie du Nouveau-Brunswick, six voitures sur dix roulent déjà avec de l'essence d'Irving."

La compagnie veut maintenant doubler sa capacité de production en investissant 7 milliards de dollars, avec BP comme partenaire, dans une deuxième raffinerie, qui ouvrirait en 2015. Irving est par ailleurs partenaire, à 25 %, du projet de terminal méthanier Canaport, construit pour 1 milliard de dollars avec l'espagnol Repsol. Dès la fin 2008, le GNL regazéifié sera envoyé par gazoduc vers l'est des Etats-Unis. Un pipeline de 145 km doit rejoindre le Maine pour se connecter à un réseau existant. "Avec trois réservoirs opérationnels début 2010, nous pourrons livrer 56 millions de m3 de gaz naturel par jour, assure Francisco Garcia-Tobar, directeur financier de Canaport.

Le groupe lorgne sur 20 % du marché de GNL dans le nord-est américain d'ici à 2025, alors que le GNL devrait répondre à un cinquième de la demande locale en gaz naturel. La province mise aussi sur l'énergie nucléaire, avec la remise à neuf (d'ici dix-huit mois) de la centrale de Pointe-Lepreau (635 MW) mais surtout la construction d'un deuxième réacteur à Candu, entièrement dédié à l'exportation, pour alimenter la Nouvelle-Angleterre.

Les provinces de la côte atlantique multiplient par ailleurs les recherches en matière d'énergie éolienne ou marémotrice. "L'est du Canada a les plus belles ressources en vent d'Amérique du Nord", estime James Glennie, directeur à l'Institut de l'énergie éolienne du Canada, sur l'île du Prince-Edouard. Yves Gagnon, professeur de développement durable à l'université de Moncton (Nouveau-Brunswick) évalue "le potentiel technique exploitable à 100 000 mégawatts" pour les quatre provinces, soit presque autant que la capacité mondiale installée d'énergie éolienne en 2007 ! "Imaginer l'exporter vers la Nouvelle-Angleterre est tout à fait réaliste", ajoute-il.

Le Nouveau-Brunswick veut par exemple produire 400 MW grâce à des éoliennes d'ici à 2010, dont une bonne part pour alimenter la Nouvelle-Angleterre. Srena, une filiale de Suez, est sur les rangs. Elle vient d'acquérir Ventus Energy, qui pilotait une dizaine de projets de parcs éoliens dans l'est canadien (2 000 MW) et a signé avec New Brunswick Power un contrat d'achat d'électricité qui sera produite par un parc éolien (99 MW) mis en service fin 2009.

En Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick, l'accent est également mis sur l'énergie marémotrice pour profiter des marées de la baie de Fundy, parmi les plus fortes au monde. Une petite usine existe déjà, mais plusieurs projets sont sur la table. Seize sites prometteurs ont été identifiés par un institut de recherche californien !

Pour l'instant, les coûts de production ne sont guère compétitifs par rapport à l'éolien, admet-elle, mais dans la gamme des ressources "vertes", l'énergie marémotrice pourrait vite trouver sa niche.

Anne Pélouas

 

 
 
OBSERVATOIRE DE L'ENERGIE