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HYPOTHESES TECHNOLOGIQUES
L’expression la plus synthétique des technologies relatives à l’utilisation des ressources énergétiques est l’intensité énergétique de l’activité économique

L’expression la plus synthétique des technologies relatives à l’utilisation des ressources énergétiques est l’intensité énergétique de l’activité économique. Elle mesure le nombre de kep (kilo équivalent pétrole) nécessaire à la production d’une unité de PIB (en dollar des États-Unis, le plus souvent). On a démontré empiriquement qu’au cours d’une même période, cette quantité est éminemment variable d’une région du monde à l’autre, du fait de la structure des activités productives (1 dollar de logiciel informatique nécessite moins de ressources énergétiques qu’ 1 dollar d’acier) et des techniques plus ou moins efficaces d’utilisation de l’énergie. Entre pays à structures productives homogènes (ce qui est le cas des pays de l’OCDE), les écarts d’intensité énergétique reflètent donc surtout des différences de choix technologiques.
Sous certaines conditions, la diminution de cette intensité dans le temps peut être interprétée comme une augmentation de la productivité économique du facteur énergie, liée à des élévations d’effi-cacité technique telles que des perfectionnements ou des renouvellements de procédés, l’usage de nouveaux matériaux, l’isolation thermique des bâtiments, l’automatisation des installations de chauffage, etc. La diminution de cette intensité énergétique, observée depuis la Première Guerre mondiale dans la plupart des économies capitalistes avancées, s’est accentuée après les chocs pétroliers de 1973–1979 [6]. Hors économies socialistes et pays exportateurs de pétrole où ils restaient positifs, les taux annuels de variation de l’intensité ont fluctué entre – 0,33 % (Asie du Sud) et – 2,04 % (Amérique du Nord), au cours de la décennie quatre-vingt.
Comment ces taux pourraient-ils évoluer à l’avenir ? La question est cruciale, puisque, à croissances démographique et économique données, les hypothèses relatives à ces taux déterminent la demande d’énergie. Le CME en 1993 avait choisi sur la période 1990 à 2020, une réduction annuelle de l’intensité énergétique de 1,8 % (scénario B). Ce choix était justifié par :
— la diminution observée de l’intensité dans les pays de l’OCDE entre 1980-1990, sous l’effet des hausses de prix de l’énergie et des nouvelles normes dans l’habitat ou la construction automobile ;
— l’attente d’une diffusion rapide dans le reste du monde des équipements et procédés efficients conçus dans les pays de l’OCDE.
Cette vision était à l’évidence trop optimiste comme l’ont prouvé les évolutions d’intensité énergétique constatées depuis le début des années quatre-vingt-dix. La chute des prix du pétrole en 1986 a interrompu certaines recherches d’efficacité dans les pays capitalistes avancés. En transition, les anciennes économies socialistes n’ont pas toutes réorganisé leurs industries et renouvelé leurs équipements.
Dans les pays en développement, les transferts de techniques effi-cientes ont été freinés par des difficultés de financement.
Pour toutes ces raisons, les perspectives du CME 1995 sont beaucoup plus raisonnables. L’hypothèse centrale, sur la période 1990 à 2050, ne retient plus – 1,8 % mais – 0,8 % (seul l’ordre de grandeur doit être considéré car les différences de calcul des PIB interdisent une stricte comparaison). Cette diminution de l’intensité énergétique est en ligne avec celle observée aux États-Unis depuis 200 ans (environ – 1 % par an). Certes, on pourrait faire mieux avec le scénario C (– 1,4 %), mais les conditions en seraient draconiennes. Il ne suffit pas en effet que des techniques plus efficientes aient été mises au point. Il faut aussi qu’elles se diffusent, ce qui implique un taux élevé d’investissement, donc de croissance économique. Or les hypothèses relatives à cette dernière sont très modérées dans l’étude du CME 1995, sauf pour les pays en développement. La cohérence du scénario C dépend donc de l’ampleur des transferts financiers et technologiques réalisables au profit de ce dernier groupe de pays.
Ces réductions d’intensité énergétique, comprises entre – 0,8 % et – 1,4 % (– 1,1 % et 2,0 % dans les pays de l’OCDE), supposent des progrès technologiques dans tous les secteurs de l’activité économique :
— élévation du rendement de transformation de l’énergie dans l’industrie (+ 30 % à court terme), notamment, dans la chimie (utilisation des biotechnologies, généralisation des catalyseurs, amélioration des procédés de contrôle, élévation du rendement séparation /concentration, gestion de la chaleur perdue) ; dans la sidérurgie (processus d’agglomération plus économes, amélioration du rendement de cokéfaction, contrôle des températures et emploi des turbines de recyclage à surpression dans les hauts fourneaux, coulée directe continue ; dans l’industrie du papier (emploi de lessiveurs en continu et de réchauffeurs de remplacement dans la fabrication de la pâte, concentration améliorée des liqueurs résiduelles, séchage mécanique, rouleaux exprimeurs avancés pour l’élimination de l’eau, pâte à papier à plus faible teneur en eau) ; dans l’industrie du ciment (poursuite de la substitution de la voie sèche à la voie humide, meilleure utilisation de la chaleur perdue par les fours ; amélioration des mesures du contrôle de qualité des produits, des matières réfractaires dans les fours et des processus de broyage ; diminution des températures de brûlage des clinkers) ;
— augmentation des rendements énergétiques des méthodes d’exploitation agricoles c’est-à-dire (pompes plus efficaces et fiables ; comptage et programmation des besoins en eau), de la traction (conception améliorée des harnais et mécanisation bien adaptée), de la fabrication et de l’utilisation des engrais (récupération des gaz de purge, nouvelles technologies de compression dans les réseaux d’échangeurs de chaleur des usines chimiques) ;
— efficacité accrue de la climatisation, du chauffage et de l’éclairage des locaux par des innovations architecturales (pose de volets extérieurs et intérieurs, isolation des parois et des fenêtres, ventilation par convection naturelle, utilisation de matériaux offrant une protection naturelle), le recours à des équipements mécaniques de climatisation performants (refroidissement par évaporation directe ou indirecte, échangeurs de chaleur air/air, systèmes électriques à vitesse réglable), les techniques de chauffage améliorées (utilisation de compteurs et thermostats, chaudières à haute performance, pompes à chaleur, systèmes de cogénération), l’éclairage par ampoules fluorescentes compactes de longue durée de vie, par réflecteurs et ballasts plus efficients pour les tubes fluorescents ;
— développement des moyens de transport les plus économes en énergie pour chaque type d’usage : poursuite de la recherche d’économies de carburants sur les véhicules routiers et aériens (aérodynamisme, moteurs, poids des véhicules, optimisation des consommations), nouveaux carburants et nouveaux véhicules (électriques, hybrides) ;
— perfectionnement et diffusion des techniques les plus performantes pour la conversion des sources primaires d’énergie notamment sous la forme de systèmes de propulsion combinée chaleur-électricité, prolongés par des réseaux de chauffage urbains et/ou incorporant des installations à cycle combiné ;
— amélioration des rendements des systèmes à moteur électrique par réduction des surdimensionnements injustifiés, recours aux moteurs à haut rendement, vitesses réglables, optimisation des systèmes, amélioration de l’entretien.
Dans la plupart des cas, les progrès technologiques sont freinés ou arrêtés par des obstacles moins techniques qu’économiques (relation entre les prix des énergies et ceux des installations performantes), financiers (autofinancement et accès au crédit trop limités) ou institutionnels (informations, brevets, normes).

 

 
 
OBSERVATOIRE DE L'ENERGIE