Qu’est-ce que la fission nucléaire ?

La fission nucléaire est un phénomène physique fascinant qui a révolutionné notre compréhension de l'énergie atomique et son utilisation. Ce processus, qui consiste à diviser le noyau d'un atome lourd en fragments plus légers, libère une quantité phénoménale d'énergie. Depuis sa découverte dans les années 1930, la fission nucléaire est devenue un pilier de la production d'électricité dans de nombreux pays, alimentant des centrales capables de fournir une énergie stable et à faible émission de carbone. Comprendre les principes fondamentaux de la fission nucléaire est essentiel pour saisir les enjeux énergétiques actuels et futurs, ainsi que les défis technologiques et environnementaux qu'elle soulève.

Principes fondamentaux de la fission nucléaire

La fission nucléaire se produit lorsqu'un noyau atomique lourd, généralement de l'uranium-235 ou du plutonium-239, est bombardé par un neutron. Ce bombardement déstabilise le noyau, le faisant osciller violemment jusqu'à ce qu'il se scinde en deux fragments plus légers. Ce processus libère une quantité considérable d'énergie sous forme de chaleur et de rayonnement, ainsi que deux à trois neutrons supplémentaires.

L'énergie libérée lors de la fission provient de la conversion d'une petite partie de la masse du noyau en énergie, conformément à la célèbre équation d'Einstein E = mc². Pour donner une idée de l'ampleur de cette énergie, la fission complète d'un kilogramme d'uranium-235 libère autant d'énergie que la combustion de plusieurs milliers de tonnes de charbon.

Un aspect crucial de la fission nucléaire est sa capacité à s'auto-entretenir. Les neutrons libérés lors d'une fission peuvent provoquer d'autres fissions dans les noyaux voisins, créant ainsi une réaction en chaîne . C'est cette réaction en chaîne, lorsqu'elle est contrôlée, qui permet aux réacteurs nucléaires de produire de l'énergie de manière continue.

Réaction en chaîne et criticité dans la fission

La réaction en chaîne est au cœur du fonctionnement des réacteurs nucléaires. Pour qu'elle se produise de manière stable et contrôlée, plusieurs conditions doivent être réunies. La maîtrise de ces conditions est essentielle pour garantir la sûreté et l'efficacité des installations nucléaires.

Neutrons rapides et neutrons thermiques

Les neutrons libérés lors de la fission sont initialement des neutrons rapides , possédant une énergie cinétique élevée. Cependant, la probabilité qu'un neutron rapide provoque une nouvelle fission est relativement faible. Pour augmenter l'efficacité de la réaction en chaîne, ces neutrons doivent être ralentis pour devenir des neutrons thermiques , dont l'énergie est beaucoup plus basse.

Le ralentissement des neutrons se fait grâce à des collisions successives avec les noyaux d'un matériau appelé modérateur. L'eau ordinaire, l'eau lourde (contenant du deutérium) et le graphite sont couramment utilisés comme modérateurs dans les réacteurs nucléaires.

Modérateurs et contrôle de la réaction

Le choix du modérateur est crucial pour le contrôle de la réaction en chaîne. Un bon modérateur doit ralentir efficacement les neutrons sans les absorber. L'eau ordinaire, par exemple, est un excellent modérateur mais absorbe également une partie des neutrons, ce qui nécessite l'utilisation d'uranium enrichi comme combustible.

En plus du modérateur, les réacteurs nucléaires utilisent des barres de contrôle pour réguler la réaction en chaîne. Ces barres, faites de matériaux absorbant fortement les neutrons comme le bore ou le cadmium, peuvent être insérées ou retirées du cœur du réacteur pour ajuster le taux de fission.

Coefficient de multiplication et état critique

Le coefficient de multiplication (k) est un paramètre clé dans la gestion de la réaction en chaîne. Il représente le rapport entre le nombre de neutrons d'une génération et celui de la génération précédente. Trois états sont possibles :

  • k < 1 : la réaction s'éteint progressivement (état sous-critique)
  • k = 1 : la réaction se maintient à un niveau constant (état critique)
  • k > 1 : la réaction s'amplifie (état surcritique)

Dans un réacteur nucléaire, l'objectif est de maintenir k très proche de 1 pour assurer une production d'énergie stable et contrôlée.

Sécurité et prévention de l'emballement

La sûreté nucléaire repose en grande partie sur la capacité à prévenir tout emballement de la réaction en chaîne. Des systèmes de sécurité multiples sont mis en place pour garantir que le réacteur reste dans un état critique ou sous-critique en toutes circonstances.

Ces systèmes incluent des mécanismes d'insertion rapide des barres de contrôle, des systèmes de refroidissement d'urgence, et des enceintes de confinement pour prévenir toute fuite radioactive en cas d'accident. De plus, les réacteurs sont conçus avec des coefficients de réactivité négatifs , ce qui signifie que toute augmentation de température tend naturellement à réduire le taux de fission, créant ainsi un effet d'autorégulation.

Combustibles nucléaires et isotopes fissiles

Le choix du combustible nucléaire est un aspect fondamental de la technologie de fission. Différents isotopes peuvent être utilisés, chacun avec ses avantages et ses défis spécifiques.

Uranium-235 et son enrichissement

L'uranium-235 est l'isotope fissile le plus couramment utilisé dans les réacteurs nucléaires actuels. Cependant, l'uranium naturel ne contient que 0,7% d'uranium-235, le reste étant principalement de l'uranium-238 non fissile. Pour être utilisé comme combustible, l'uranium doit être enrichi pour augmenter la proportion d'uranium-235.

Le processus d'enrichissement est complexe et énergivore. Il implique généralement la séparation des isotopes par centrifugation gazeuse ou diffusion gazeuse. L'uranium enrichi utilisé dans la plupart des réacteurs contient entre 3% et 5% d'uranium-235.

Plutonium-239 comme combustible alternatif

Le plutonium-239 est un autre isotope fissile important. Il n'existe pas à l'état naturel mais est produit dans les réacteurs nucléaires par capture neutronique de l'uranium-238. Le plutonium-239 peut être utilisé comme combustible dans certains types de réacteurs, notamment dans le combustible MOX (Mixed Oxide) qui combine uranium et plutonium.

L'utilisation du plutonium comme combustible présente l'avantage de recycler une partie des déchets nucléaires, mais soulève également des préoccupations en matière de prolifération nucléaire en raison de son potentiel d'utilisation dans les armes atomiques.

Thorium-232 et le cycle du thorium

Le thorium-232 est un isotope fertile qui peut être converti en uranium-233 fissile dans certains types de réacteurs. Le cycle du thorium présente plusieurs avantages potentiels, notamment une plus grande abondance naturelle du thorium et une production moindre de déchets à longue durée de vie.

Bien que le cycle du thorium soit encore au stade expérimental, il suscite un intérêt croissant comme alternative possible aux cycles de combustible basés sur l'uranium.

Gestion du combustible usé

Après son utilisation dans un réacteur, le combustible nucléaire contient encore une quantité significative de matières fissiles, ainsi que des produits de fission hautement radioactifs. La gestion de ce combustible usé est un défi majeur de l'industrie nucléaire.

Deux approches principales existent :

  • Le cycle ouvert, où le combustible usé est considéré comme un déchet et destiné au stockage à long terme
  • Le cycle fermé, qui implique le retraitement du combustible usé pour en extraire les matières fissiles réutilisables

Le choix entre ces approches dépend de facteurs économiques, technologiques et politiques, et varie selon les pays.

Applications de la fission nucléaire

La fission nucléaire trouve ses principales applications dans la production d'énergie électrique, mais son utilisation s'étend également à d'autres domaines.

Dans le secteur de l'énergie, les centrales nucléaires fournissent environ 10% de l'électricité mondiale. Elles offrent une source d'énergie stable, à faible émission de carbone, capable de produire de grandes quantités d'électricité de manière continue. Cette caractéristique en fait un complément intéressant aux énergies renouvelables intermittentes comme le solaire et l'éolien.

Au-delà de la production d'électricité, la fission nucléaire est utilisée dans la propulsion navale, notamment pour les sous-marins et les porte-avions. Ces réacteurs compacts permettent une autonomie prolongée et une puissance importante.

Dans le domaine médical, les réacteurs de recherche produisent des isotopes radioactifs essentiels pour le diagnostic et le traitement de certaines maladies. Par exemple, le technétium-99m, largement utilisé en médecine nucléaire, est produit par fission de l'uranium dans des réacteurs spécialisés.

La fission nucléaire joue également un rôle important dans la recherche scientifique, notamment en physique fondamentale et en science des matériaux. Les réacteurs de recherche fournissent des sources intenses de neutrons utilisées pour étudier la structure de la matière et développer de nouveaux matériaux.

Réacteurs nucléaires : types et fonctionnement

Il existe plusieurs types de réacteurs nucléaires, chacun avec ses caractéristiques spécifiques. Les plus répandus sont les réacteurs à eau légère, qui comprennent les réacteurs à eau pressurisée (REP) et les réacteurs à eau bouillante (REB).

Réacteurs à eau pressurisée (REP)

Les REP sont le type de réacteur le plus courant dans le monde. Dans ces réacteurs, l'eau sous haute pression (environ 155 bars) joue à la fois le rôle de modérateur et de caloporteur. Le cœur du réacteur chauffe l'eau du circuit primaire, qui transfère ensuite sa chaleur à un circuit secondaire via des générateurs de vapeur. La vapeur ainsi produite entraîne une turbine couplée à un alternateur pour produire de l'électricité.

L'avantage principal des REP est leur stabilité et leur sécurité intrinsèque, due en partie à la séparation entre le circuit primaire radioactif et le circuit secondaire non radioactif.

Réacteurs à eau bouillante (REB)

Dans les REB, l'eau bout directement dans le cœur du réacteur. La vapeur ainsi produite est directement envoyée vers la turbine. Ce design plus simple offre une meilleure efficacité thermique, mais présente l'inconvénient d'un circuit unique où la vapeur qui entraîne la turbine est légèrement radioactive.

Réacteurs à neutrons rapides

Les réacteurs à neutrons rapides, comme le réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium, utilisent des neutrons à haute énergie pour provoquer la fission. Ces réacteurs peuvent surgénérer du combustible fissile à partir de matériaux fertiles comme l'uranium-238, permettant une utilisation plus efficace des ressources en uranium.

Bien que prometteurs en termes d'utilisation du combustible et de gestion des déchets, ces réacteurs posent des défis technologiques importants, notamment liés à l'utilisation du sodium liquide comme caloporteur.

Réacteurs de quatrième génération

Les réacteurs de quatrième génération sont des concepts avancés visant à améliorer la sûreté, la durabilité et l'efficacité économique de l'énergie nucléaire. Parmi ces concepts, on trouve :

  • Les réacteurs à très haute température, utilisant de l'hélium comme caloporteur
  • Les réacteurs à sels fondus, où le combustible est dissous dans un sel fondu
  • Les réacteurs refroidis au plomb, offrant une meilleure gestion des déchets

Ces technologies sont encore au stade de la recherche et du développement, avec des prototypes prévus dans les décennies à venir.

Enjeux environnementaux et sécuritaires de la fission

La fission nucléaire soulève des enjeux importants en matière d'environnement et de sécurité. D'un côté, elle offre une source d'énergie à faible émission de carbone, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique. Un réacteur nucléaire en fonctionnement n'émet pratiquement pas de gaz à effet de serre, ce qui en fait une option attractive dans le contexte de la transition énergétique.

Cependant, la gestion des déchets radioactifs reste un défi majeur. Certains de ces déchets restent dangereux pendant des milliers d'années, nécessitant des solutions de stockage à très long terme. La recherche se poursuit pour développer des méthodes de traitement et de stockage plus sûres et plus efficaces.

La sûreté des installations nucléaires est une préoccupation constante. Bien que les accidents graves soient extrêmement rares, leurs conséquences potentielles sont considérables, comme l'ont montré les incidents de Tchernobyl et de Fukushima. L'industrie nucléaire investit massivement

dans la lutte contre le changement climatique. Un réacteur nucléaire en fonctionnement n'émet pratiquement pas de gaz à effet de serre, ce qui en fait une option attractive dans le contexte de la transition énergétique.

Cependant, la gestion des déchets radioactifs reste un défi majeur. Certains de ces déchets restent dangereux pendant des milliers d'années, nécessitant des solutions de stockage à très long terme. La recherche se poursuit pour développer des méthodes de traitement et de stockage plus sûres et plus efficaces.

La sûreté des installations nucléaires est une préoccupation constante. Bien que les accidents graves soient extrêmement rares, leurs conséquences potentielles sont considérables, comme l'ont montré les incidents de Tchernobyl et de Fukushima. L'industrie nucléaire investit massivement dans l'amélioration continue de la sûreté, avec le développement de systèmes de sécurité passifs et de conceptions de réacteurs intrinsèquement plus sûrs.

Un autre enjeu important est la prolifération nucléaire. Les technologies et matériaux utilisés dans la fission civile peuvent potentiellement être détournés à des fins militaires. Des protocoles stricts et des contrôles internationaux sont en place pour prévenir ce risque, mais la vigilance reste de mise.

L'impact environnemental des centrales nucléaires ne se limite pas aux émissions de CO2. L'extraction et le traitement de l'uranium, ainsi que la construction des centrales, ont une empreinte écologique non négligeable. De plus, les centrales nucléaires nécessitent de grandes quantités d'eau pour leur refroidissement, ce qui peut avoir un impact sur les écosystèmes aquatiques locaux.

Enfin, l'acceptabilité sociale de l'énergie nucléaire reste un défi dans de nombreux pays. Les perceptions du public concernant les risques associés à cette technologie influencent fortement les politiques énergétiques. Une communication transparente et une éducation du public sur les avantages et les risques de l'énergie nucléaire sont essentielles pour éclairer le débat sur son rôle dans le mix énergétique futur.

En conclusion, la fission nucléaire offre une source d'énergie à faible émission de carbone avec un potentiel significatif pour contribuer à la lutte contre le changement climatique. Cependant, elle présente également des défis importants en termes de gestion des déchets, de sûreté, et d'acceptabilité sociale. L'avenir de cette technologie dépendra de notre capacité à relever ces défis tout en exploitant ses avantages de manière responsable et durable.

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